Solidarité internationale : Genève réaffirme son engagement
Discours de Mme Nathalie Fontanet, Conseillère d’État, à l’occasion de la présentation de la 9e édition des statistiques « Solidarité Genève-Sud », publiées par la Fédération genevoise de coopération (FGC)
13 octobre 2026 (français) – Seul le texte prononcé fait foi
"Mesdames et Messieurs les journalistes,
Soixante ans. C'est l'âge de la Fédération genevoise de coopération. Plus d’un demi-siècle à relier Genève au reste du monde, projet après projet, partenaire après partenaire. Je veux d'abord saluer cette longévité, et la FGC, partenaire stratégique de longue date du canton.
Merci à la FGC et au Club suisse de la presse d'avoir organisé cette matinée. Merci aussi à la Fondation de la Tour en Communs de nous accueillir dans ce lieu emblématique de Genève. Et j'adresse un salut chaleureux à chacune et chacun d'entre vous, dans cette salle comme à distance.
Ces statistiques en sont à leur neuvième édition. Madame Schümperli vient de vous en présenter les résultats de manière complète, et je l'en remercie.
Je n'y reviendrai pas dans le détail. J'aimerais plutôt m'arrêter sur ce que ces résultats disent de l'engagement du canton, et aussi sur ce qu'ils ne disent pas.
Les chiffres ne parlent vraiment qu'avec leur contexte. Or ce contexte a profondément changé. Aujourd’hui, dans le monde, trois crises se cumulent : davantage de conflits armés, des effets du changement climatique toujours plus forts et des inégalités qui se creusent. Ensemble, elles ont fait exploser les besoins de millions de personnes.
Au même moment, l'aide publique au développement connaît une baisse historique. Ce n'est pas un hasard, c'est la conséquence directe des attaques répétées contre le multilatéralisme et contre les valeurs qui le fondent.
Les besoins augmentent et les moyens reculent. C'est précisément dans cet écart que le canton a choisi d'agir. Ce choix est politique et il a été tenu : nous avons augmenté le budget régulier consacré à la solidarité internationale et, lorsque l'urgence l'exigeait, sollicité des crédits extraordinaires auprès des membres du Grand Conseil.
Que nous racontent les chiffres ? D'abord, un fait simple : depuis 2020, la contribution du canton à la solidarité internationale a augmenté de près de 5 millions de francs.
Deux décisions l'expliquent : le Grand Conseil a voté en 2025 un crédit extraordinaire de 5 millions pour répondre à la crise au Moyen-Orient. Et le budget régulier consacré à la solidarité a augmenté de 730'000 francs.
Je me permets juste une petite précision à l'intention des lectrices et lecteurs attentifs : sans un effet comptable, cette progression serait même plus forte. Le Service de la solidarité internationale a été intégré à la Direction des affaires internationales, et ses frais de fonctionnement, soit 1,3 million, ne sont plus comptés dans ce total.
Notre canton assure aujourd'hui près de 60 % des fonds que les collectivités publiques genevoises consacrent à la solidarité internationale.
Le Conseil d’État genevois a réaffirmé l'objectif de consacrer au moins 0,7% de son budget de fonctionnement à la solidarité internationale. Ce cap est même inscrit dans son programme de législature 2023-2028.
Je ne vais pas m’en cacher, nous n'y sommes pas. Cette boussole de l'aide publique recule même à l'échelle genevoise, et je le regrette. Pour le canton, le taux reste stable depuis des années, autour de 0,2 %. Il faut toutefois le lire à la lumière de nos charges de fonctionnement, qui n'ont cessé d'augmenter.
Surtout, cet indicateur ne dit pas tout. Il ne compte pas les 1,9 million de francs dépensés au titre de la LAFONG (le dispositif d'aide financière extraordinaire mis en place par le canton en avril 2025 pour soutenir les ONG locales touchées par le gel des financements internationaux). Il ne compte pas non plus les 25 millions de francs apportés par le canton pour créer la FAGI (Fondation pour l'adaptation de la Genève internationale), à parts égales avec la Fondation Hans Wilsdorf et une participation de 2 millions de la Ville de Genève. Il ne compte pas non plus l'aide à l'installation des nouvelles ONG, ni les autres soutiens aux organisations de la Genève internationale. Si l'on intégrait ces montants, nous serions bien plus proches du 0,7 %. Nous aurions surtout une image plus fidèle de la réalité. Sans même avoir à ajouter les efforts d’institutions comme les Hôpitaux universitaires et l'Université de Genève, qui financent elles aussi des projets de coopération décentralisée et servent les mêmes objectifs.
Les chiffres montrent également que l'aide humanitaire pèse de plus en plus lourd par rapport à la coopération au développement. Cette évolution reflète un monde où le nombre de conflits atteint un record. Gardons-nous toutefois d'opposer les deux. Le développement, l'humanitaire et les droits humains poursuivent au fond le même but : un monde plus juste, plus solidaire et plus durable.
Parmi les quinze organisations les plus soutenues par les collectivités genevoises, les quatre premières sont des organisations humanitaires qui ont bénéficié du crédit extraordinaire du canton. Les dix suivantes sont toutes membres de la FGC.
Un dernier chiffre, enfin. En dehors de nos trois partenaires stratégiques, le domaine que le canton soutient le plus est celui des droits humains. Ce n'est pas un hasard : le Conseil d'État en a fait une priorité de son programme de législature 2023-2028. Les autres collectivités publiques font des choix différents. Tant mieux, nos financements se complètent, et c'est une force pour Genève. Madame Bertossa, pour la Ville de Genève, et Madame Miserez pour les communes vous en donneront certainement dans un instant l’éclairage.
Mesdames et Messieurs, cet exercice statistique donne aussi une base solide pour regarder devant nous. Il rend visibles toutes les contributions et montre la diversité de nos façons de faire.
Il témoigne surtout de la vitalité de celles et ceux qui, à Genève, font vivre la solidarité internationale. Notre canton s'est donné les moyens de ses ambitions, et pas seulement sur le plan financier. La Direction des affaires internationales, créée en 2020, a rendu notre action plus cohérente et plus lisible. Le nouveau règlement d'application de la loi sur la solidarité internationale est en vigueur depuis avril de cette année. Il nous donne davantage de moyens d'agir et plus de souplesse dans l'utilisation des deniers publics.
Je ne vous cacherai pas que les années à venir s'annoncent financièrement exigeantes pour le canton. Mais l'engagement du canton envers la solidarité internationale n'a jamais été une variable d'ajustement budgétaire. Et je reste convaincue que l'aide internationale doit être portée par des fonds publics.
Pour le canton de Genève, la solidarité n'est pas une option. Elle fait partie de ce que nous sommes.
Je vous remercie pour votre attention."